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Albert Londres

« À quoi pensent-ils en se rasant ? »

 

Félix F dispose de tuyaux solides et vérifiés sur les ambitions ou non-ambitions qui titillent plusieurs hauts personnages publics marseillais. Revue de détail des promotions auxquelles ils pensent avant le petit déjeuner.

C’est au petit matin, dans le calme humide des salles de bain, que s’imposent les ambitions les plus tenaces. Lame en main, les yeux dans ceux du miroir embué, le soliloque s’installe. Jean-Claude par exemple, Gaudin… manie le coupe-choux sans trembler depuis longtemps. « Oh Bônne-mère ! ! ! pense-t-il. J’ai plus grand chose à raser. » Et s’applique quand même, dans un geste à rebrousse-poil que quelques regrets ne viennent même pas perturber. Il se répète cette confession, faite début janvier à quelques proches dans la brasserie des Templiers, juste derrière le Vieux-Port : « Je ne me représenterai pas en 2014, je soutiendrai Muselier. » Sa voix raisonne dans sa tête lorsqu’il plonge la lame dans l’eau tiède où se dissout un petit nuage laiteux. « C’est vrai que j’ai plus un poil sur le visage… »

Un rasoir dans chaque main. Autre ambitieux notoire : Renaud Muselier, qui serait hirsute sans l’obsession électorale qui lui fait prendre sous la douche deux rasoirs à quatre lames, un dans chaque main, maniés dans une agitation désordonnée. « Il l’a dit le vieux, il me soutiendra, il l’a dit… » Coupure. « Aïe ! » Sa mâchoire inférieure s’avance dans un sourire prognathe qui facilite le rasage du cou. « Teissier, personne le connaît, il est personne, c’est dégun. » Coupure. Une pensée pour Blum « Dégun, dégun. » Il s’attaque à la moustache, qu’il raccourcit symétriquement depuis les extérieurs avant de la faire disparaître. « Ouille ! » Coupure. Petite moustache rouge qui ruisselle sur les lèvres. Dans le miroir de l’ascenseur, Renaud ne voit même pas les sparadraps qui décorent son visage, il touche ces trois poils oubliés à la commissure d’une lèvre et ne les oubliera plus de la journée.

Branché sur l’allume-cigare. Mais il n’y a pas que les politiques qui ont des pensées rasoirs. Il y a les hauts fonctionnaires. Le préfet de police, Alain Gardère, n’a pas de temps à perdre : c’est rasoir électrique, branché sur l’allume-cigare de la voiture de fonction. « Putain de ville de merde… » Le souvenir de ce matin où son maître à penser de ministre lui a imposé de venir à Marseille pour une pige pré-électorale lui pique encore l’ego. Il s’en serait épilé la face. Lui qui devait être mis sur le siège de directeur central de la Police nationale se retrouve à planquer quotidiennement sur les flics marseillais, pour être sûr qu’ils suivent les consignes. Gardère a tellement peu de temps à lui qu’il envisage l’épilation électrique pour sa barbe. Une bonne fois pour toute. Pour le moment, sa peau en feu lui impose d’infinies grimaces. « Ils n’arrêtent pas de ricaner dès que j’apparais... » Tous ces gens qui ne tremblent pas à sa vue, ça le défrise.

Élections en 2012, nominations en 2013, élections en 2014... Pour mieux trancher entre ces ambitions, il serait peut-être bon de commencer à subventionner des barbiers.

Photo R.L. Hyde, licence CC



Félix F.
le 19/02/2012


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