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Albert Londres
Première pierre
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 1er/04/2012
 
 

Du « sur-mesure » au quai des Belges

 

Faire participer le citoyen aux décisions et aux grands chantiers qui vont changer sa vie au quotidien : en théorie, ça devrait être un peu ça tout le temps la démocratie. En pratique, c’est éminemment plus compliqué. Toute la semaine, radio Grenouille et chez-albert .fr se plongent dans les mille et une formes de la participation citoyenne.

AUJOURD’HUI

Chez Grenouille (88.8 FM) :

- le projet d’habitat groupé de la place des Habeilles (9h30)

- le dialogue habitants / aménageurs à la cité Saint-Mauront (18h)

Chez Albert :

- ambiance concertée au lancement de la piétonnisation du Vieux-Port

C’est un périmètre de 80 ou 100 m2, délimité par des barrières en métal. On y entre que sur invitation, sous les regards de deux équipes de policiers nationaux et municipaux. Ce matin, j’assiste au lancement des travaux de piétonnisation du Vieux-Port.

Une partie du quai des Belges [1] – pas trop large tout de même, pour ne pas gêner les poissonniers- a été transformé en espace de réception pour la pose de la première pierre.

De part et d’autre du quai, les engins de chantier sont déjà en action, des palissades et des blocs de béton ont été dressées au ras des bancs et des terrasses pour préparer les travaux. Les opposants au projet promettaient une grande manifestation, un blocage des tractopelles : pour tout assaut des barricades on ne voit ce matin qu’une douzaine de manifestants du Front de gauche qui agitent mollement des drapeaux rouges et réclament les plages du Prado pour le meeting de Mélenchon. Unique couac : quand le chef du protocole invite le premier élu à prendre la parole, un homme à l’extérieur du périmètre se met à crier : « Et nous ? Quand est-ce qu’on l’a, la parole ??? ». Il est rapidement emmené à l’écart par un policier. La cérémonie peut commencer.

Autorité et « sur-mesure ». Avec la co-gestion droite-gauche à la communauté urbaine [2] et le co-financement mairie de Marseille (UMP) et conseil général (PS), je m’attends à un grand moment d’unanimité politique. Premier à prendre la parole, Eugène Caselli, président (PS) de Marseille Provence métropole, assure que le projet a été préparé « en dialoguant et en faisant du sur-mesure » pour la « plaisance populaire », « que nous serons toujours là pour conforter ». Mais en plus de la concertation, « il faudra aussi de l’autorité », assure l’élu, notamment pour lutter contre le stationnement sauvage.
Prenant son tour, Jean-Noël Guérini souffle le chaud et le froid : « la communauté urbaine sera à l’écoute des habitants mais aussi des commerçants », garantit l’homme fort du PS 13. Il appuie cependant là où ça fait mal : « Il faut développer l’offre de transports en commun et des parking-relais » pour accéder et se déplacer dans l’hypercentre. Un des points sur lesquels inisistent fortement les opposants au projet.

Au fil des discours semble se dégager un ordre de priorité dans les publics à chouchouter. Tout en haut du prodium : les petits clubs de plaisance, qui vont être obligés d’abandonner leur partie réservée du quai, faire sauter leurs barrières et leurs guérites en bois et se rapatrier sur des pannes installées spécialement pour eux. En deuxième place : les automobilistes, qui ne font que passer mais qui vont désormais avoir la vie dure, avant et après les travaux. En troisième les restaurateurs et les commerçants.

Classique. Les plaisanciers avaient largement hurlé durant la phase d’enquête publique, collant dans les cahiers de l’enquête publique des pages et des pages photocopiées de la même revendication, signée chaque fois par un adhérent différent. Les automobilistes, de passage par définition, n’ont pas formellement protesté. Restent les commerçants. « Depuis ce matin ils sont en folie de voir les nouvelles places de parking [3] juste sous leurs terrasses, reconnaît Monique Cordier, président de la confédération des CIQ [4]. C’est assez classique : les gens ne se mobilisent que quand ils voient les travaux sous leur nez. » Les commissaires enquêteurs qui ont planché sur le Vieux-Port ne disent pas autre chose : durant toutes les réunions de préparations, seules 630 personnes ont fait le déplacement, pour déposer 123 observations. Dans la calanque qui a vu la première agora de la ville grecque, dans un quartier où vivent et travaillent plusieurs dizaines de milliers d’habitants, ça fait peu.

Comment faire pour mobiliser ? Les CIQ réclament un « personne référente » par projet, pour centraliser les doléances. Le tout en amont. Car aujourd’hui, même si la concertation « est permanente » assure Eugène Caselli, le chantier est lancé. « Des marges d’ajustement, non, on n’en a pas. Le projet est bien monté, on a fait du sur-mesure avec tous les acteurs. » Les collectifs d’opposants qui menacent de recours ? « Inévitable » dans ce genre de projet, tranche Caselli. « Ils sont minoritaires, vous savez qui c’est, vous ? », lance en passant Patrick Mennucci, maire (PS) des 1er et 7e arrondissements. Justement, non, je ne sais pas qui c’est. Allons voir…

DEMAIN :

Chez Albert :

- visite aux irréductibles du Vieux-Port

Chez Grenouille (88.8 FM) :

- Arènes et Robins des villes pour partager l’espace public (9h30)

- après le glissement de terrain, visite à Mourepiane (18h)

Photo Ho visto nina volare, licence CC

Notes

[1] Bientôt rebaptisé quai de la Fraternité à l’issue des travaux, au temps pour la communauté d’esprit entre Belges et Marseillais…

[2] Responsable du chantier sur toute la partie voirie, transport et port.

[3] Déplacées dans le cadre des travaux.

[4] Comités d’intérêt de quartier.


 



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