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Albert Londres
Gastronomie
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 16/01/2012
 
 

« Dîner presque parfait » chez Jean-Claude Gaudin

 

Janvier, c’est le traditionnel marathon des vœux à la presse dans les grandes institutions. Dernier à passer sur le gril : Jean-Claude Gaudin, maire (UMP) de Marseille.

Ambiance : 6 sur 10

Au chapitre 2, versets 3 à 4 de la bible du journaliste marseillais [1], il est écrit : « Écouter Jean-Claude Gaudin c’est comme aller à un concert de jazz. Les habitués reconnaissent sans peine les thèmes du morceau, qui ne changent guère, mais guettent les petites improvisations que pourrait placer l’artiste. »
Scolaire quand il lit ses fiches ou son discours, le maire de Marseille retrouve sa faconde, sa grosse voix et assure le spectacle dès qu’il se met à improviser. Le plumitif expérimenté (huit ans de vœux au compteur) a donc repéré quelques petites nouveautés, parmi lesquelles :

- A propos des Marseillais qui vont dépenser leur argent à Plan-de-Campagne : «  Madame Joissains me dit « Guili-guili, c’est moi qui récupère »

- « Comme dirait Sarkozy : je m’énerve pas, j’explique ».

- « Depuis que je suis maire, j’ai fait voter 21 000 délibérations. Je n’ai été mis en minorité qu’une fois, sur le paiement par la ville des billets « classe super-super » des joueurs de l’OM qui nous avaient accompagnés en délégation à Shangaï. »

- « Dans mon bureau, j’ai la climatisation. Et il m’arrive même parfois d’y faire la sieste. »

Seule fausse note contre la bonne humeur générale : le petit film promotionnel projeté avant l’allocution du maire. Personnage moitié-filmés, moitié modélisés en mauvaise 3D, incrustés sur des vues de Marseille « qui avance », « en chantier », sur fond de pseudo-Coldplay. Mention toute particulière au slogan « Marseille, la ville, la vie », honteusement pompé sur Monoprix.

Décoration : 5 sur 10

Jamais deux fois au même endroit : Jean-Claude est spécialisé dans le vœu à la presse itinérant. L’an dernier c’était au tout neuf Mémorial de la Marseillaise, ce qui avait de la gueule mais prêtait le flanc à une critique acide de la scénographie choisie pour le musée. Cette année, le carton d’invitation était particulièrement alléchant : rendez-vous était donné au palais Longchamp. On s’imaginait sous les hauts plafonds Napoléon III, avec vue plongeante sur la ville, on se retrouve sous une tente géante (certes toute en parquet et murs « crystal transparent »), au milieu du jardin public. Le tout agrémenté de quelques repro d’œuvres qui vont être exposées à Marseile en 2013 : sarcophage égyptien, toiles de Monticelli, dessins de Basquiat... C’est beau, mais un peu décevant quand même.

Cuisine : 7 sur 10

Pas trop fan du traiteur fétiche de la mairie pour ce qui est des repas « assis », le journaleux a découvert hier une nouvelle facette de cette grande maison : le cocktail déjeunatoire expérimental. A côté des classiques petits sandwiches et bouchées apéritifs, c’est la profusion de macarons sucrés-salé, mini-burgers au foie gras, mini-œufs durs marinés… Détail qui ne trompe pas : il faut être diplômé d’une école de foot américain pour atteindre un buffet en moins d’un quart d’heure. Davantage de tables et de serveurs itinérants ne serait pas du luxe. Côté boisson, on navigue dans une dominante champagne. Classieux.

Discours : 6 sur 10

Entre son texte et la séance de question réponse (une heure quasiment à elle seule), Jean-Claude Gaudin a pu parler tous azimuts : parc des calanques, sécurité, stade Vélodrome, 2013, logement, bombe américaine sur le J4, on en passe. Fidèle à son habitude, le maire part souvent (toujours ?) dans de longues et truculentes digressions au point de ne parfois pas du tout répondre à la question posée.
En arrière-plan, cependant, les lignes directrices ne changent pas : modifier l’image de Marseille, construire pour faire venir de nouveaux habitants plus riches, développer le commerce (et le casino) pour faire revenir à Marseille l’argent qui part à Aix, Aubagne ou bien plus loin encore. Étrangeté tout de même : interrogé sur l’affaire Guérini, il lance « au Vélodrome, les magistrats, c’est pas dans la loge de la maire que vous les verrez. Je n’ai jamais voulu inviter de magistrat dans la loge de la mairie. »

Cadeau : 6 sur 10

Utile, trendy et d’actualité : la mairie a frôlé le sans-faute en offrant aux journaleux une carafe et un verre d’eau [2] griffés du célèbre et inventif british cuistot Jamie Olivier : clin d’œil au forum mondial de l’eau qui doit se tenir à Marseille en mars. Pas de pot quand même : dans le cadre de la modernité et du développement durable, on a du mal à croire qu’un fournisseur de verre local n’était pas disponible pour favoriser les circuits courts de production et de distribution. Mais pour Jamie, on veut bien faire une exception.

Note globale : 6 sur 10

À lire aussi : Dîner presque parfait chez Jean-Noël Guérini et chez Michel Vauzelle

Notes

[1] Gouverner Marseille, de Michel Samson et Michel Peraldi, éditions La Découverte, 12 €, pas cher.

[2] Avec chacune un petit robinet stylisé, incrusté dans le verre.


 



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