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Albert Londres
Opposants
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 2/04/2012
 
 

« En fait, c’était une simple information »

 

Faire participer le citoyen aux décisions et aux grands chantiers qui vont changer sa vie au quotidien : en théorie, ça devrait être un peu ça tout le temps la démocratie. En pratique, c’est éminemment plus compliqué. Toute la semaine, radio Grenouille et chez-albert .fr se plongent dans les mille et une formes de la participation citoyenne.

AUJOURD’HUI

Chez Grenouille (88.8 FM et en écoute différée ici) :

- le Arènes et Robins des villes pour partager l’espace public (9h30)

- après le glissement de terrain, visite à Mourepiane (18h)

Chez Albert :

- à la rencontre des irréductibles du Vieux-Port

Le type qui s’était fait alpaguer par la police lors de l’inauguration des travaux du Vieux-Port (voir notre épisode précédent) s’appelle Gérald Perilli, du collectif Laisse béton. En fait, je l’avais déjà croisé une semaine plus tôt, à la maison de quartier d’Endoume. Ce soir-là, le comité urbanisme de la fédération des CIQ [1] organisait une réunion-bilan de l’enquête publique Vieux-Port. Pas beaucoup de monde, une quinzaine grand maximum. Beaucoup de cinquante ou soixantenaires. Arrivé en retard et parti avant la fin (car Albert a parfois des impératifs personnels passé 18h30), je n’avais capté que des bribes, repéré deux ou trois visages. Dont celui du Perilli. Après deux ou trois pérégrinations pour retrouver son numéro de téléphone (finalement disponible sur... une annonce du Bon coin), nous conversons.

-Ça c’est pas trop mal passé votre interpellation ? Ils vous ont emmené au poste ?

-Non, non, le type m’a juste dit de me calmer, d’aller faire un tour. J’étais un peu énervé, on avait prévu une manifestation, mais au final on était que cinq, moi compris. Du coup j’ai même pas sorti les banderoles...

« Trop tard ». Perilli, ça n’est pas la première fois qu’il se prend en frontal un projet d’aménagement urbain. Il est tombé là-dedans il y a cinq ans, quand la mairie a voulu déloger un squat dans son quartier. Aujourd’hui sur le projet Vieux-Port, il reconnaît « qu’on est plus très nombreux pour s’y opposer ». « Plusieurs associations des 7e et 2e arrondissements [2] ont déjà perdu des forces dans d’autres batailles juridiques, notamment sur le Mucem, explique Gérald Perilli. La plupart des gens nous disent qu’on s’y prend trop tard. Moi je me suis inquiété quand j’ai vu l’espace Vieux-Port devant le Centre-Bourse [3]. »
Dans le projet actuel, Perilli dénonce comme plusieurs autres associations le manque de transports en commun, d’espaces verts, le trafic automobile reporté massivement sur une ceinture de boulevard à l’intérieur du centre-ville. Il envisage des recours en justice, mais il a besoin de fonds. De l’autre côté du Vieux-Port, la fédération des CIQ du 2e a dépensé 17 500 € en frais d’avocat pour tenter de faire réviser l’aménagement du J4.

« Ça prouve bien que c’est pas pour gagner de l’argent qu’on fait des recours ! », plaisante Jean-Jacques Guipert, président de la fédération. Vent debout contre le Mucem et le CRM[Centre régional de la Méditerranée, centre d’exposition et de conférence sur le J4, financé par la région.]], il s’oppose aussi au projet Vieux-Port. « On a beau avoir fait signer une charte de la concertation à tous les candidats de la municipale de 2008, rien n’a changé. Pour le Vieux-Port, on a assisté à deux des quatre réunions de concertation, mais en fait c’était une simple information. À chaque fois les mêmes questions revenaient mais les élus ou les techniciens nous rembarraient ou faisaient des réponses à l’emporte-pièce. S’il y une marge de manœuvre, elle n’est qu’à la marge. Sur la porte d’Aix, on nous permettra peut-être de choisir les essences des arbres, et encore... ».

Rapport « de piètre qualité ». À la fin de l’enquête publique, les commissaires enquêteurs ont rendu des conclusions sur le fond du dossier mais aussi sur la façon dont la concertation avait été menée. Estimant que celle-ci avait été menée « conformément aux textes de loi », les commissaires avaient cependant noté quelques manques : affichage trop discret et concentré sur un petit périmètre, mise en ligne tardive du dossier d’enquête publique : au final, seulement 620 personnes ont participé au débat, et 120 ont déposé une remarque écrite durant l’enquête publique.

« Nul n’était censé ignorer » le démarrage de l’enquête, vu la publicité faite autour de l’évènement. Mais le dossier d’enquête publique était « peu lisible », « de piètre qualité » et « manquait de précision », selon les commissaires enquêteurs. Notamment sur les variantes au scénario retenu et ses études d’impact. Sur le fond, les enquêteurs ont conseillé à la communauté urbaine de rendre totalement piéton dès 2013 les quais du Port et de Rive-Neuve, et surtout d’abandonner le projet de report du trafic vers le « boulevard urbain » [4]. Peine perdue : les travaux sur le boulevard ont commencé en même temps que ceux du Vieux-Port. Gérald Perilli doit faire le point cette semaine avec des avocats.

DEMAIN

Chez Albert :

- live from l’Espace Vieux-Port

Chez Grenouille (88.8 FM et en écoute différée ici) :

- l’art public du Heidelberg project (9h30)

- aménagement urbain participatif aux Aygalades (18h)

Notes

[1] Comités d’intérêt de quartier.

[2] Le Vieux-Port s’étend sur une partie des 1er, 2e et 7e arrondissements de Marseille.

[3] Espace d’information ouvert après l’enquête publique.

[4] La liaison des boulevards des Dames-Nédelec-Athènes-Lieutaud-Puget-Corderie-Corse, aménagés en 2X2 voies.


 



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