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Albert Londres

Grands bandits, je vous aime

 

C’est plus fort que moi, je ne peux pas rater un procès pour grand banditisme. Tout semble y avoir été imaginé par Audiard. Les dialogues surtout : Mariani qui, interrogé sur les mandats envoyés directement des gérants de discothèque jusqu’à sa cellule, répond au juge d’instruction « Ce n’est pas un problème de racket, c’est vraisemblablement un problème de sponsor. »…. Les avocats, généralement des ténors expérimentés et hauts en couleur. Les procureurs, qui la plupart du temps se délectent d’un jeu de chat et de la souris avec leurs proies, dans une mentalité de vieux joueurs d’échecs qui savent que la partie ne se terminera jamais véritablement. Les super-flics du GIPN, encagoulés, radiophonés et armés comme des porte-avions et qui couvent du regard leurs protégés comme du lait sur le feu.

Confrontation. Et puis, à un moment, hier, tout ça s’est effondré. Quand l’ancien gérant de la Joïa, un type qui ne connaissait rien au droit du travail ni à la comptabilité, a dû s’expliquer à la barre sur ses premières déclarations où il disait « savoir que Mariani était derrière la boîte ». Confronté à Mariani devant le juge d’instruction, puis interrogé devant le tribunal par le procureur, il se rétracte. « On comprend que ça puisse être difficile pour vous, plus encore maintenant », souligne le procureur Marc Rivet. Je me suis soudain senti à la place de ce type, à me demander si ce petit bout de phrase, dit à l’issue d’une longue garde à vue, pouvait être l’élément qui allait faire pencher la balance contre Mariani. Et les conséquences que cela pourrait avoir pour moi. J’ai beau essayer de rationnaliser, me dire qu’il y a des relevés de comptes, des mandats qui accusent mieux que ce petit bout de phrase, je ne sais pas ce qui peut passer dans la tête d’un Mariani ou de ses amis. Soudainement je ne veux pour rien au monde être à la place de ce gars. Un procès de grand banditisme ne me fait plus rire. Fugitivement.




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