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Albert Londres
Export ! Import !
   Albert X   le 25/05/2015
 
 

« L’un des plus beaux du bord des eaux »

 

Le 16 mai 1932, un incendie ravage le paquebot Georges Philippar, qui finit au fond des eaux du golfe d’Aden. Parmi les 90 victimes, le grand reporter Albert Londres, qui rentrait de Chine avec des révélations « explosives ». Une mort tellement improbable qu’elle a nourri bien des histoires fantasmagoriques. Bref, Albert Londres est mort, on en a fait un prix pour journaliste méritant, vive Albert Londres. Albert - le nôtre - a la reconnaissance du ventre. Nous avons donc décidé de rendre hommage au maître toute la semaine, en revisitant son grand reportage réalisé à Marseille en 1927. Pas question d’écrire (on est pas fous, hein), c’est donc en image que la déambulation se fera.

« C’est un port, l’un des plus beaux du bord des eaux. Il est illustre sur tous les parallèles. À tout instant du jour et de la nuit, des bateaux labourent pour lui au plus loin des mers. Il est l’un des grands seigneurs du large. Phare français, il balaye de sa lumière les cinq parties de la terre. Il s’appelle le port de Marseille.
Il a plus de cinq kilomètres de long. Il n’en finit pas. Peut-être bien a-t-il six, ou même sept kilomètres. Môle A, Môle B, Môle C. Il va presque jusqu’au milieu de l’alphabet, le port de Marseille… C’est le marché offert par la France aux vendeurs du vaste monde. Les chameaux portant leur faix vers les mahonnes d’au-delà nos mers, sans le savoir, marchent vers lui. Port de Marseille : cour d’honneur d’un imaginaire palais du commerce universel. Tous les vieux noms connus des hauts barons de la mer sont affichés là, aux frontons de ces môles, comme une courtoise invitation au voyage. La Paquet, la Transat, la Cyprien Fabre, les Chargeurs Réunis, les Transports, les Messageries Maritimes à tête de licorne. La Peninsular. La Nippon Yusen Kaisha. Où voulez-vous aller ? Au Maroc, en Algérie, en Tunisie ? Au Sénégal, en Égypte ? Au Congo, à Madagascar ? En Syrie, à Constantinople ? Au Tonkin ? Aux Indes ? En Australie ? En Chine ? En Amérique du Sud ? Faites votre choix. Ici, on embarque pour toutes les mers, pour la Rouge et la Noire, pour tous les détroits, tous les canaux, tous les golfes. On vous en montrera, des pays ! On vous en fera connaître, des choses insoupçonnées ! Pas un coin, si bien endormi qu’il fût, que nous n’ayons déjà réveillé autour du monde. On part pour tous les océans, l’Atlantique, l’Indien, le Pacifique. C’est moi, Marseille...

"Écoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière ; comment le soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre. »

« Export ! Import !
Ces deux noms magiques de l’âge moderne flamboient à l’entrée du port de Marseille.
Chauffez, bateaux ! Levez et jetez l’ancre ! On exporte ! On importe !
La vie, le bien-être, le luxe des peuples sont aujourd’hui basés sur le grand jeu de l’échange. Les hommes manquant de sagesse se sont créé tant de besoins que la terre entière suffit à peine à satisfaire leurs exigences. Donne-moi de ce que tu as, tu auras de ce que j’ai. Il me faut du coton, de la soie, je te donnerai du vin, des liqueurs, des étoffes. Apporte-moi du bœuf frigorifié, je t’enverrai de la moutarde. Cède-moi des éléphants, tu auras des parfums. Achète mes charrues et vends-moi ton chêne-liège. À moi le pétrole, à toi la poudre de riz. À moi le charbon, les matières grasses, les cacahuètes. À toi les rails de chemin de fer, les bouteilles de champagne, les produits pharmaceutiques. Voilà des autos, donne-moi du caoutchouc. Je prends tes tapis, mais reçois mes canons. Export ! Import ! Ce qui se boit, ce qui se mange, ce qui se tisse, ce qui brûle, ce qui se transforme, ce qui fait la vie agréable et la mort rapide : échangeons tout et vive le trafic ! »


 



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