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Albert Londres
Football
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 15/04/2011
 
 

La L1 en manque de magnats milliardaires

 

Économiste financier dans une grande société de gestion, Bastien Drut vient de publier Économie du football professionnel aux éditions La Découverte.

Les clubs français semblent rarement changer de propriétaires...

Il y a effectivement peu de rachats de clubs par rapport à ce qui se passe aujourd’hui en Espagne ou dans les années 2000 en Angleterre. Le championnat espagnol a désormais pris la tête en termes de notoriété. Il attire des fonds du Qatar, où la famille royale a racheté Malaga, ou d’Inde, dont un milliardaire a racheté Santander. Le championnat français est moins attractif : il compte moins de joueurs stars.

Que cherchent les investisseurs ?

Les motivations des milliardaires sont extra-financières : ils sont dans le foot par pur divertissement ou pour acquérir une certaine notoriété, voire une acceptation sociale. Ils y investissent souvent à fonds perdus : les sommes injectées à Chelsea ou à Manchester City ne verront jamais de retour. En Ligue 1, il n’y a qu’un milliardaire français, Pinault, au stade rennais, et il n’investit pas à fonds perdus dans le club. Après avoir racheté le PSG, le fonds d’investissements Colony capital essaie pour sa part de dégager un rendement financier, et ça ne marche pas du tout.

L’écart entre la France et les autres championnats est-il dû à un manque d’intérêt du public ?

Le championnat français n’arrive pas à enclencher de cercle vertueux : il compte moins de stars, donc il y a moins de résultats, moins de spectateurs et donc moins de moyens pour acheter des stars. Pour ce qui est des investisseurs, il y a de plus en France une réticence à la venue de milliardaires étrangers : quand des Qataris ont envisagé le rachat du PSG, ça a été une véritable levée de boucliers, y compris chez les supporters.

L’entrée des clubs en bourse peut-elle être une solution ?

S’il s’agit de lever des fonds pour acheter des joueurs, cela n’apporte rien car les résultats sportifs sont trop incertains. S’il s’agit au contraire d’investir dans des activités qui génèrent des revenus déconnectés des résultats sportifs, cela peut être bénéfique. C’était la stratégie de Lyon avec son projet d’OL-land. Mais les retards pris dans le dossier du grand stade ont fait chuter le cours de l’action.

La situation est donc bloquée ?

Tant qu’aucun club français n’a d’investisseur capable d’injecter plusieurs centaines de millions d’euros, la situation n’évoluera pas. Les budgets des trois grands clubs français restent beaucoup trop faibles par rapport à celui du Real. On n’est pas près de gagner la Champion’s league.

L’impact de la crise financière sur les clubs anglais et la mise en place du fair-play financier [1] au sein de l’UEFA peuvent-elles rééquilibrer la donne ?

Ça ne peut qu’aller dans le bon sens pour les clubs français, mais ça ne résoudra pas tout. Les clubs qui sont en déséquilibre financier ne seront pas disqualifiés si leur déficit est comblé par leurs actionnaires, ce qui sera le cas avec des propriétaires milliardaires.

Si l’OM était à vendre aujourd’hui, le club serait-il une bonne affaire ?

Les dernières déclarations de Margarita Louis-Dreyfus semblent montrer qu’elle ne souhaite pas vendre, je n’ai pas d’information de première main sur ce sujet. Vendre l’OM maintenant permettrait une bonne surcote maintenant que le club est champion de France. Mais pour l’acheteur, il n’est pas sûr que ce serait une bonne affaire : dans le football, il est très rare de générer des bénéfices et, quand c’est le cas, il ne sont pas très élevés.

Propos recueillis par Frédéric Legrand

Notes

[1] Procédure visant limiter les déficits des clubs en leur interdisant de dépenser plus d’argent qu’ils n’en génèrent.


 



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