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Albert Londres
Van Loc, Noël Gallagher et Beaujolais nouveau
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 23/11/2011
 
 

Les amis parisiens écrivent à Albert

 

Fans de foot ou pas, supporter de l’OM ou pas, quatre talentueux journalistes straight from Paris prennent leur plus belle plume pour envoyer à Albert leurs pensées émues à la veille d’OM-PSG.

« Nous sommes tous des Noel Gallagher »

Lettre datée du 23 novembre adressée par Stéphane Colineau, journaliste au Journal du dimanche, auteur de La Magie de l’OM (édition Timées, 2006)

Mécréant notoire, Noel Gallagher dit avoir fugacement cru en Dieu le jour où l’émirati Mansour bin Zayed bin Sultan Al Nahyan, cheikh milliardaire de son Etat (c’est lui), a racheté le club de football qu’il supporte depuis l’enfance. Manchester City était outragé par son voisin Manchester United, lorsque ce bon cheikh en blanc vint le libérer.

Qu’importe alors si le surnom de l’équipe préférée de cette dinde de Noel - Les Citizens – colle mal à l’idée que cet anti droit-de-l’hommiste homophobe de Mansour se fait d’un citoyen. Car la vérité, comme l’a exprimé un jour l’ancien manager de Liverpool Bill Shankly, c’est que le football n’est pas une question de vie ou de mort, de croyance ou de mécréance, de démocratie ou de ploutocratie, de sardine ou de Vieux-Port (passage obligé). C’est bien plus important que ça.

C’est pourquoi, nous les supporters de l’OM, devons admettre que nous sommes salement jaloux des bourgeois parvenus de la porte de Saint-Cloud. Oui, nous, fans du seul vrai club de gauche en France avec le FC Noeux-les-Mines (enfin je suppose avec un nom pareil), sommes amers et submergés par les questions. Pourquoi eux, et pas nous ? Comment un prince qatarien a-t-il pu négliger la perspective d’assister à un match entre Jean-Noël Guérini et Jean-Pierre Foucault (auteur de Surveiller et punir, Gallimard, 1975, 328 pages.) ? Comment a-t-il pu passer à côté de l’opportunité d’approcher, ne serait-ce qu’à l’instant de la signature chez le notaire, un cyborg (russe, en plus) en vrai ? La peur du car-jacking ? Plus possible, nos joueurs roulent désormais en Citroën. Allez l’OM.  

« Aussi horripilant que le Beaujolais nouveau »

Lettre datée du 22 novembre, adressée par Guillaume Launay, journaliste à Libération

Cher Albert,

Autant te le dire tout de suite, bien que Parisien depuis plus de dix ans (et né dans une banlieue périurbaine projetée de la capitale), je me tamponne à peu près autant du Paris Saint Germain que de l’Olympique de Marseille. Autant te dire que la montée en fanfare avant le match de dimanche me colle déjà de l’urticaire...

Attention, ne va pas croire que lofté dans mon quartier bobo à siroter un maté dans mon t-shirt en coton bio, je mépriserai le populaire foot en ne jurant que par l’ovalie et ses valeurs si nobles et pures et désintéressées. Au contraire, j’aime le foot au point d’être encore capable, à mon âge, de m’écouter de temps à autres une petite soirée multiplex à la radio, malgré les cris des présentateurs, ce qui est une preuve assez solide, trouvé-je. Même la perspective d’un Nancy-Sochaux en coupe de la Ligue est capable de me faire saliver. Oui, oui, même télédiffusé sur le service public.

Mais le cirque bisannuel (best case, hein, y a les coupes aussi des fois) que nous devons subir autour de ce Clasico (je ne reviens pas sur cette captation obscène de la mythologie des Real-Barça...) m’horripile à peu près autant qu’Halloween ou le Beaujolais nouveau dans le genre réjouissance médiatico-imposée. Avec un air de déjà-vu qui sent la 38e redif d’un vieux Derrick. Et que je te refais l’histoire des confrontations sur 40 ans, et que je te convoque des Pauleta, des Waddle, des Simone et des Ravanelli pour qu’ils te racontent leur plus beau passement de jambe, et que je te fais chauffer les supporters dans leur bistro-QG (surtout qu’ils viennent pas), et que j’ai niqué ta mère où tu sais, et que Bernard Tapie.

Tout ça pour une kermesse gonflée aux gros sous par Canal dans les années 90 qui donne assez rarement du bon football... Parce que je voudrais pas trop faire la fine bouche mais si on parle de jeu juste cinq minutes, c’est quoi cette affiche de dimanche... C’est le leader du championnat qui vient de perdre à domicile qui se déplace chez le dixième... Alors Albert, excuse-moi, mais mon dimanche soir, je vais plutôt me brancher sur TF1. Y a LOL.

Bien à toi,

Guillaume Launay

« Il y a des Marseillais pur jus qui oeuvrent à L’Equipe »

Lettre datée du 22 novembre, adressée par Jean-Denis Coquard, journaliste à L’Équipe.

Je suis arrivé à L’Équipe un triste soir de mai 1999, planqué au Parc entre deux fans du PSG enivrés, à regarder la Simone et ses ouailles nous dérober le titre pour l’offrir, trois semaines plus tard, contre une bouteille de Bordeaux. Funeste augure, pensais-je.

J’ai gagné les bureaux d’Issy la peur au ventre. Mes tripes ne sont vite dénouées. Un regard complice par ci, à l’annonce d’un csc du Péségé ; un poing furtif par là à la vue d’un but de Bakayoko - oui, il lui est arrivé de cadrer - m’ont vite rencardé : nous avions infiltré la place. A l’entrée, au secrétariat de rédaction, dans les services connexes et même, oui même, au sein de la rubrique football, même si je préfère taire les noms pour d’évidentes raisons de sécurité. 

Nous fûmes incités parfois à la discrétion - quand Ronaldinho vint faire ses courses au Vélodrome par exemple -, nous traversâmes quelques tempêtes, nous essuyâmes quelques grains moqueurs mais toujours, nous tînmes bon, nous ne baissâmes jamais la tête pour célébrer Drogba, Mandanda ou même, oui même, Alou Diarra. Il n’est pas rare d’entendre ainsi hurler marseillais devant la télé, dans les couloirs du journal, parfois même avé l’accent. Car oui, il y a aussi des Marseillais pur jus qui oeuvrent à L’Equipe.

Alors, bien sûr, le parigot redresse la tête cette année, il monte sur ses ergots, il fait le fier depuis que l’argent coule à flots (quoique parfois, un brin honteux de cette manne qatarie) mais aussi sûr que Diawara aime le whisky-coca, nous le regarderons droit dans les yeux dimanche. En espérant que Souley ne se trompe pas de but cette fois.

Jean-Denis Coquard

« Broussard bat Van Loc 3 à 1 »

Lettre datée du 17 novembre, adressée par David Carzon, responsable du pôle web d’Arte France

Cher Albert,

Tu ne veux pas lâcher le morceau. Qu’as-tu donc à vouloir me prouver à tout prix que ton Marseille veut tellement mieux que mon Paris ? Le temps, la mer, l’accent, la bouffe… Tout est y passé, tous les clichés. Tu as ratissé large pour tenter de jeter dans le port ton complexe d’infériorité lesté de 200 kilos de mauvaise foi.

Là, tu viens me parler de foot, d’un match OM-PSG si important à tes yeux et qui, aux miens, revient à vouloir comparer les mérites artistiques d’un David Guetta avec un Bob Sinclar. Alors si tu veux un vrai affrontement entre deux dignes représentants de nos cités, je te propose la bataille des batailles, le match d’avant la fin du monde de 2012, une guerre totale entre deux porte-flingues définitifs, deux monstres sacrés de la lutte contre du même vice qui ronge nos deux villes :

BROUSSARD CONTRE VAN LOC

LA CARRIERE

/ Broussard Robert Broussard intègre l’Antigang en 1972 et en devient le boss six ans plus tard. Il a 42 ans. Il fonde le RAID après un passage par la Corse. Puis continue son ascension : adjoint à la direction de la lutte antiterroriste, directeur central des polices urbaines, direction de la police aux Frontières. Bref, un super flic qui a fait une super carrière.

/ Van Loc Georges Nguyen Van Loc commence sa carrière en tant que CRS en Algérie. En 1972, il crée le premier GIPN (Groupe d’intervention de la police nationale) à Marseille. Il a 39 ans. Il y restera jusqu’à sa retraite. Bref, un super flic un peu casanier quand même

résultat : Robert Broussard, vainqueur

LE PALMARES

/Broussard Il participe à la résolution de certaines affaires les plus importantes des années 1970 : l’enlèvement du Baron Édouard-Jean Empain, la prise d’otages de l’ambassade d’Irak à Paris, la French Connection. Mais surtout il a mis fin à la cavale de Mesrine, ennemi public n°1. Bref, que du lourd.

/ Van Loc A la tête de son GIPN, il est intervenu sur toutes les situations les plus compliquées : forcené, preneur d’otages, escorte ou émeutes. Et a emmerdé le milieu marseillais durant des années. Bref, que du lourd mais du lourd local.

résultat : Robert Broussard, vainqueur

LES METHODES

/ Broussard Capable de se mettre sa vie dans les mains de Mesrine de manière théâtrale au moment de la première arrestation du gangster ou de prendre un des pontes de la mafia par le col en lui demandant s’il veut le descendre, il traîne aussi une polémique après la mort de Mesrine que sa famille lui reproche d’avoir exécuté sans sommations. Bref, le côté cow-boy, ça devait mal finir.

/ Van Loc Au début des années 1980, il s’est grimé, lui et son équipe, en infirmiers pour arrêter un toxicomane qui retenait en otage sa mère. Une de ses fiertés fût de ne pas avoir déploré de policiers morts en service sous ses ordres. Bref, la classe du flic sans tache.

résultat : Van Loc vainqueur

LE LOOK

/Broussard On se souvient d’un collier de barbe et de costumes en velours tout droit sortis d’un polar français des années 70. Bref, old school

/Van Loc On se souvient d’un homme d’origine vietnamienne qui sortait un flingue presque trop gros pour lui. Bref, pas loin du ridicule

résultat : égalité

STAR OU PAS STAR

/ Broussard Il a été incarné au cinéma par différents acteurs et pas des moindres dont Olivier Gourmet dans le Mesrine de Jean-François Richet. Bref, star à la ville comme à l’écran.

/ Van Loc Il a interprété son propre rôle dans une série télé sur TF1. Et a été motif de blagues dans des sketchs des Robins des Bois Bref, un peu la loose.

résultat : Robert Broussard, vainqueur

Bref, malgré une belle défense, Paris gagne 3 à 1.

Disclaimer : cet « article » n’aurait pas pu être possible sans Wikipédia

Photo Portmanteaus, licence Creative commons


 



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