Vous êtes ici > Feuilletons > Le fini-parti, bientôt à la poubelle ? > Lyon est propre, Lyon applique le fini-parti, Lyon envisage de le (...)
Albert Londres
Voisinage
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 2/01/2012
 
 

Lyon est propre, Lyon applique le fini-parti, Lyon envisage de le supprimer

Jeudi, pour la première fois en soixante ans, la justice va se pencher sur la légalité ou non du système de « fini-parti » dans la collecte des ordures à Marseille. En quatre épisodes, Albert revient sur cette pratique à laquelle on attribue -à tort ou à raison- la saleté de la ville. Aujourd’hui : le cas lyonnais.

 

Jeudi, pour la première fois en soixante ans, la justice va se pencher sur la légalité ou non du système de « fini-parti » dans la collecte des ordures à Marseille. En quatre épisodes, Albert revient sur cette pratique à laquelle on attribue -à tort ou à raison- la saleté de la ville. Aujourd’hui : le cas lyonnais.

PRÉCISION : Mohamed Terdjimi précise qu’il n’exprime pas dans cet article la position du syndicat CGT Propreté du Grand Lyon, seul habilité à négocier sur ce sujet.

Dans les rues de Lyon, la collecte des ordures n’est plus une question de propreté, mais de circulation. « On fait les tournées le matin donc il faut que les bennes dégagent rapidement le centre-ville, sinon ça bouchonne. C’est un enjeu crucial », explique José Rodriguez, secrétaire général Unsa à la communauté urbaine du Grand Lyon. Au point que cela a motivé la mise en place, au début des années 1970, du système de « fini-parti », pour la moitié de la ville où les ordures sont ramassées par des agents publics. Concrètement, le système permet aux éboueurs de partir dès que leur tournée est terminée, sans attendre d’avoir effectué le nombre d’heures prévues dans leur temps plein, et sans perte de salaire. « Au départ, les agents n’étaient pas demandeurs, assure Mohamed Terdjimi, secrétaire général adjoint de la CGT au Grand Lyon. Ce sont les élus qui voulaient que le travail soit fini le plus vite possible pour dégager les rues. »

« Machine à casser de l’humain » Pendant près de quarante ans, le fini-parti a apporté pleine satisfaction. Mais petit à petit sont apparus des effets pervers. « Le fini-parti c’est une machine à casser de l’humain », tranche José Rodriguez. « Les agents veulent aller le plus vite possible, donc il y a plus de risques d’accidents du travail et le ramassage devient physiquement de plus en plus éprouvant », explique Mohamed Terdjimi. En 2008, la Caisse nationale d’assurance maladie a adopté une recommandation exigeant que les collectivités locales et les entreprises « mettent tout en oeuvre » pour « supprimer la pratique accidentogène du fini-parti ».
Autre effet induit du système : « il y a eu aussi quelques agents qui prennent un deuxième boulot après la collecte pour essayer de joindre les deux bouts, pointe Mohamed Terdjimi. Ça nous gêne un peu, puisqu’ils sont payés à temps complet ». Toutefois, à Lyon comme à Marseille, aucune étude n’a été menée par les collectivités pour évaluer le phénomène. Sans évoquer ces cas de double emploi, la Cour des comptes a cependant rendu cette année un rapport critiquant le fini-parti, système « très favorable aux agents et coûteux pour la collectivité ».

Risque de conflit social. L’arrivée au Grand Lyon d’un nouveau directeur technique, ancien de la communauté urbaine de Marseille, a encore accéléré la réflexion : fin 2011, la communauté urbaine de Lyon s’est lancée dans une réorganisation de sa collecte des ordures. Sur le fond, le Grand Lyon ne souhaite pas communiquer, pour réserver aux syndicats la primeur du projet. « On ne sait pas encore sur quel périmètre et selon quelle modalités ils veulent changer le service, explique José Rodriguez. On ne se positionnera une fois que le plan aura été présenté et que les agents se seront prononcés. Mais une partie du personnel est favorable au fini-parti. Ça pourrait déclencher un conflit social... »
De son côté, la CGT dit « ne pas être arrêtée sur le principe » du fini-parti, « même si ça peut déplaire aux agents ». « C’est dans l’intérêt des usagers et des agents, pour garder le maximum de secteurs [de collecte] dans le service public », explique Mohamed Terdjimi. Selon le Grand Lyon, les négociations autour du fini-parti pourraient commencer début 2012.

Demain : quarante ans de fini-parti dans les ordures marseillaises


 



ALBERT EN RÉSEAU

Sur Flickr
Fil RSS