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Albert Londres
Boîte de nuit
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 14/02/2012
 
 

Magie : votre whisky-coca transformé en jet-ski !

 

Question : où passent les 45 euros que vous avez payés samedi au Macumba pour cette bouteille de J&B ? Début de réponse : ils sont parfois (souvent ?) transformés en jet-ski, voiture de luxe, chien de race et même honoraires d’avocats au profit de membres du Milieu. Depuis hier et jusqu’à vendredi, le tribunal correctionnel de Marseille plonge dans la comptabilité de la Joïa, la fameuse boîte de nuit d’Aix-en-Provence, que la justice dit rackettée par Jacques Mariani, fils d’une grande figure du célèbre gang corse de la Brise de Mer.

D’après l’accusation, la discothèque détournait en liquide entre 25 à 50% de ses recettes, selon les mois. Pour payer les salariés au black mais aussi, toujours selon le juge d’instruction, verser une obole à Mariani qui menaçait gentiment les gérants depuis sa cellule de Saint-Maur où il purgeait une peine de longue durée.

Mandats direct à la prison. Les policiers ont calculé que 289 000 € (presque 2 millions de francs, tout de même) ont disparu des caisses de la Joïa en deux ans, pour une chiffre d’affaire officiel de 400 000 € (en 2008) [1]. Tout n’est sûrement pas allé dans la poche de Mariani : mais il y a tout de même eu pour plus de 32 000 € de mandats directement envoyé à son attention à la prison. Le suspect aurait utilisé l’argent pour payer ses honoraires d’avocat, mais aussi faire acheter au profit de proches les ci-dessus mentionnés jet-ski, voiture de luxe et chien de race.

« Gérant derrière ». Le monde de la nuit carbure au black : lors de la perquisition à la Joïa, les policiers découvrent dans la loge du gardien une caisse contenant 5 000 € en liquide, et au total 17 000 € en espèce [2] répartis en différents endroits, dont des enveloppes pour payer les serveurs : 100 € la nuit, plus les pourboires, parfois 5 € par bouteille vendue. Gérant de la Joïa à l’époque des faits, Stéphane Canhi ne connaissait rien à la comptabilité ni au droit du travail. « Je sais que dans le monde de la nuit il y a souvent du Milieu qui gèrent les établissement en sous-main. […] Je savais déjà que Mariani était derrière la boîte [la Joïa]. », affirme-t-il au juge lors de sa première audition. Lors des auditions suivantes puis devant le tribunal, il « ne peut pas confirmer ».
« Vous étiez gérant de droit. Vous avez découvert ce qu’est être un gérant de fait. Mais c’est quoi un gérant « par derrière » ? », tisonne Me Dupont-Moretti, un des quatre ténors du barreau engagés par Mariani. « Vous voulez que je vous montre les chiffres ? », sourit le procureur Marc Rivet. Appelée à la barre comme témoin, la nouvelle gérante qui a repris la Joïa depuis un an, s’enfonce : « Nous avons changé tout le personnel, aujourd’hui il y a une quinzaine de salariés. » Et à combien s’élève la nouvelle masse salariale ? « Je ne sais pas, mon compagnon le sait mieux que moi. » Mais où passent ces 45 € de J&B ??? Dans un racket, ça sûrement pas : le SNDLL, syndicat majoritaire des discothèques, n’aborde pas une fois la question sur son site internet. La justice, elle, a pris dans le collimateur une douzaine d’autres bars et boîtes de nuit d’Aix et Marseille, soupçonnés de détournement et blanchiment de fonds.

Photo Danoobiel, licence CC

Notes

[1] La boîte n’allait d’ailleurs pas bien : 120 000 € de dettes, une fréquentation qui tournait à 100-150 personnes par soir, la moitié de la capacité de l’établissement.

[2] Recette d’un week-end exceptionnel lors de l’ouverture du patio de la boîte, chantier qui devait permettre de relancer la Joïa.


 



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