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Albert Londres
De l’art de la désunion nationale
   Stéphanie Harounyan, aka Albertine II   le 17/04/2012
 
 

Mon gouvernement dans ta gueule

La semaine dernière, Albert vous a raconté la merveilleuse histoire de Claude Martin,*] le onzième homme qui réussissait l’exploit de synthétiser tous les candidats en lui, hors extrêmes. Cette semaine, Albert suit toujours Claude Martin, qui vient tout juste de remporter l’élection présidentielle et ce dès le premier tour - forcément, tout le monde est d’accord avec son programme.

 

La semaine dernière, Albert vous a raconté la merveilleuse histoire de Claude Martin, le onzième homme qui réussissait l’exploit de synthétiser tous les candidats en lui, hors extrêmes. Cette semaine, Albert suit toujours Claude Martin, qui vient tout juste de remporter l’élection présidentielle et ce dès le premier tour - forcément, tout le monde est d’accord avec son programme.

- Nous sommes toujours en duplex depuis la cour de l’Elysée avec vous, Benoît. Vous avez garé votre moto devant le perron, où le secrétaire général devrait arriver d’une minute à l’autre. Que sait-on d’ores et déjà sur ce nouveau gouvernement ?

- Pas grand’ chose, si ce n’est que Claude Martin a promis un gouvernement d’unité nationale sans précédent dans l’histoire de la cinquième République. Alors concrètement, on ne sait pas trop ce que cela veut dire, mais le nouveau président pourrait s’entourer de personnalités issues des différents partis en lice pour ces élections, hypothèse d’autant plus probable qu’on le rappelle, Claude Martin n’est issu d’aucune famille politique. De plus, on le sait, son programme constitue une sorte de tronc commun des différentes propositions des uns et des autres, donc...

- Je vous interromps Benoît, le secrétaire général vient de s’installer derrière le micro, on découvre tout de suite la composition du nouveau gouvernement et on commente, bien sûr, en temps réel ces nominations...

- Le président de la République, vu les article 8 et 9 de la Constitution, sur la proposition du Premier Ministre, décrète :

Sont nommés Premier Ministre, Monsieur Jacques Chirac...

- Le bruit courait depuis quelques jours. On disait que Claude Martin voulait rappeler aux affaires un ancien président, n’est-ce pas cher Benoît ?

- Et c’est donc Jacques Chirac qui décroche le job. Peut-être une façon pour Claude Martin de régler ses comptes avec les chiffres. Il n’a jamais caché, durant cette campagne, son intention de ratisser le plus large possible en vue d’égaler le score de Jacques Chirac en 2002. On rappelle que Chirac avait été élu au second tour avec 82,21% des suffrages exprimés face à Jean-Marie Le Pen, dans des circonstances très particulières. Claude Martin s’est épargné un second tour, mais il a perdu là l’occasion de se payer un score de luxe.... On continue sur le perron, on a déjà raté quelques ministères...

- Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Madame Eva Joly...

- Oula, pour certains, la nouvelle peut inquiéter, Benoît...

- En effet, on dit que l’ex-candidate écologiste, un peu échaudée par sa campagne difficile, aurait très envie de régler des comptes et pourrait sortir des dossiers. Derrière les lunettes, on a peut-être un peu oublié la redoutable magistrate époque Elf... La collaboration avec Jacques Chirac peut donner quelques étincelles !

...Ministre de la défense, Monsieur François Hollande...

- Alors là, on est dans le contre-pied total ! Benoît, vous êtes là ?

- ...Effectivement, le candidat Hollande avait laissé ses sympathisants quelque peu perplexes en proposant notamment durant sa campagne de relancer je cite « une politique de défense ambitieuse » et de - je cite toujours - « sanctuariser » le budget de la défense. On notait aussi l’instauration d’une grande célébration du centenaire de la guerre 14-18. Bref, des ambitions très « militant-militaire » pour un homme de gauche. Un ministère qui s’annonce donc musclé...

...Ministre de l’Intérieur, Madame Nathalie Artaud...

- L’Intérieur va être totalement redécoré, là !

- ça risque en effet de déménager ! On rappelle que Nathalie Artaud proposait, dans son programme, l’abrogation de toutes les lois et mesures sécuritaires. Elle annonçait aussi la dissolution des brigades anti-criminalité (BAC) et des polices municipales et refusait toute augmentation des effectifs dans la police. La candidate promettait même des sanctions systématiques à l’encontre des policiers racistes, provocateurs ou auteurs de bavures. Elle devrait être bien accueillie par ses troupes !

...Ministre de la Culture, Monsieur Jacques Cheminade...

- Ah tiens, dommage, je l’aurais bien vu à l’aérospatiale, moi. C’est quand même le seul candidat à nous avoir parlé de la conquête de la Lune.

- Oui, mais bon, si on parle des « exclusivités Cheminade », en matière de culture, on en a quelques-unes. Rappelons juste sa mesure-phare : généraliser la pratique du chant choral pour éveiller la sensibilité et l’écoute. Il y avait aussi la formation de brigades d’intervention artistiques pour amener la musique classique dans les cours d’immeubles ou les halles de gare...

...Ministre des Sports, Madame Marine Le Pen...

- Là, ça va loin ! Mais il n’y a rien, dans son programme, sur le sujet ! Je lance un appel : invitez-moi à la passation de pouvoir avec David Douillet !

- J’ai hâte aussi de voir sa photo avec l’équipe de France de foot, vu ses sorties sur les joueurs de l’équipe nationale qui, je la cite, « ne représente pas la France ». Bel accueil garanti, là aussi...

...Secrétaire d’Etat à la Famille, Monsieur Nicolas Sarkozy...

- Ah, voilà au moins une nomination qui a du sens ! Au moins, Sarkozy a une expérience en la matière : famille recomposée, gestion d’un ado primo-délinquant - on se souvient de Jean et son scooter - adéquation vie pro intense et enfant en bas âge... Benoît, vous êtes là ?

...Secrétaire d’Etat à la Communication, Monsieur Jean-Luc Mélenchon...

- On a perdu Benoît... Mélenchon à la Communication, c’est un peu la reconnaissance de son amour des journalistes et des médias en particulier, mais surtout sa maîtrise en matière de com’ - sa campagne menée en plein air et tambour battant a, dit-on, séduit autant qu’agacé Claude Martin. Mélenchon qui, nous souffle-t-on, hérite également du porte-parolat du gouvernement. Et on est toujours à la recherche de Benoît...

...Secrétaire d’Etat chargé de l’Economie numérique, Monsieur Philippe Poutou

- Et on repart en terre inconnue... Je ne sais même pas s’il y a une ligne sur le sujet dans son programme ! Patrick, trouvez-moi le programme de Poutou pour vérifier. Et retrouvez-moi Benoît, merde !!

...Secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, Monsieur Nicolas Dupont-Aignan...

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Ah, on a retrouvé Benoît... M’enfin qu’est-ce que vous foutiez ?Vous avez entendu ? On est dans un véritable contre-gouvernement, ou quoi ?

- Désolé, j’étais parti récupérer un communiqué sur la nomination de François Bayrou comme ambassadeur des Pôles. Dupont-Aignan à la jeunesse, c’est ça ? Ma foi, à part le retour de l’autorité dans les classes, je ne vois rien dans son programme qui justifie cette nomination. On dirait que le président a des envies de contre-emploi.

- A ce niveau de contre-emploi, c’est tout de même un brin risqué, non ? On a presque l’impression que ce casting est délibérément explosif.

- Naaaaaaan ! Décidément, vous les journalistes sans moto, vous voyez le mal partout !

Demain : Claude Martin perd pied et chute.

Crédit photo : Pierre Chabaud/Matignon