Vous êtes ici > Feuilletons > Pétrole, ton univers impitoyable > Tant qu’il y aura du pétrole, il passera par Fos
Albert Londres
Tuyaux
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 10/01/2012
 
 

Tant qu’il y aura du pétrole, il passera par Fos

 

Jugée pas assez rentable par sa maison-mère, la raffinerie LyondellBasell de Berre vient d’être « mise sous cocon » en attendant un éventuel repreneur. En quatre épisodes et un débat radio, Albert explore les différentes facettes du pétrole, véritable oxygène pour le port de Marseille-Fos, « poumon économique » de Paca.

Bonne nouvelle pour le port de Fos : le pétrole n’est pas prêt de couler ailleurs que par chez lui. Pourtant, la dernière longue grève du port de Marseille [1] pouvait faire craindre le pire : après les chargeurs de marchandises, les pétroliers eux-mêmes avaient trouvé des solutions pour livrer dans d’autre pays, ou vers d’autres ports français moins touchés par le mouvement. « Mais cela avait entraîné des surcoûts énormes. Ça ne peut pas être pratiqué sur le long terme », souligne Jacques Ripoche, délégué de l’Ufip [2] pour la région Paca. Car quand on regarde la carte des pipelines qui traversent la France, on voit que Fos est dans un situation idéale.

Globalement, le brut entre en France par trois ports : Fos (38 millions de tonnes en 2010), Le Havre (28 millions de tonnes) et Saint-Nazaire (7 millions de tonnes). Le ratio est sensiblement le même pour les produits raffinés. Quelle que soit sa forme, le pétrole est transporté plus vite et moins cher par pipeline : 1,8 € à 2,1 € par tonne et par 100 km selon un rapport d’étude de 2005 de l’université de Picardie, deux à trois fois moins cher que le train ou la route. Or, des pipes de brut qui accèdent à l’Europe du Nord, il y en a pas beaucoup : « Quand on passe par le Nord de la France, les moyens logistiques sont limités, estime un professionnel du secteur. On doit naviguer en péniche par le Rhin, qui n’est souvent pas navigable avec les crues. »

Un million d’euros le kilomètre. Quant à investir pour raccorder le réseau du Nord à celui de l’Allemagne, ce n’est pas dans l’air du temps : un chantier de pipe revient cher, surtout dans des environnements protégés ou difficiles d’accès. Selon l’université de Picardie, la note peut aller jusqu’à 1 million d’euros le kilomètre pour un tube d’un mètre de diamètre. En 2006, la société gérant les stocks de pétrole stratégiques avait déboursé 115 millions d’euros pour un seul tube de 130 km allant de Fos jusqu’à Manosque. En position dominante, Fos n’est donc menacé « que » par des revirements de tendance dans la consommation d’hydrocarbures. Si les raffineries d’Allemagne ou de la vallée du Rhône réduisent leur activité, ou si les Français consomment moins de produits pétroliers, Marseille restera la première porte d’entrée de l’or noir de l’Hexagone. Mais il y aura beaucoup de courants d’air dedans.

Demain : biocarburants, du vert dans l’or noir

Notes

[1] En octobre 2010, contre la réforme des retraites.

[2] Union française des industries pétrolières


 



ALBERT EN RÉSEAU

Sur Flickr
Fil RSS