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Albert Londres
Historique
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 13/05/2012
 
 

Un siècle et demi de flinguages

 

Non, Marseille n’est pas devenue un champ de tirs pour malfrats avec la French connection. Le phénomène est bien plus ancien, remonte au XIXe siècle. Dans son très bel ouvrage Histoire de l’Evêché [1], l’ex-directeur de la PJ marseillaise Alain Tourre pointe l’origine du mal : la création par la préfecture en 1863 du « quartier réservé » [2] du Panier, puis de Belsunce, pour tenter de moraliser la ville.

Trêve éphémère. Voulant contrôler le quartier, des malfrats se regroupent début 1899 autour de François Albertini dit « le Fou ». À Saint-Mauront, d’autres bandits s’estiment lésés et s’attaquent aux Saint-Janens. « C’est la première fois qu’on voit une guerre de territoire à Marseille, explique Alain Tourre. C’est vraiment le début du grand banditisme ». Les descentes des uns contre les autres se multiplient. Les coups de couteau et les coups de feu claquent en pleine rue, à toute heure. Parfois, les bandes vont jusqu’à se retrouver sur des îles désertes de la rade pour se battre. Les morts se comptent par dizaines. Une tentative de trêve a lieu en 1905. Elle durera à peine quelques semaines.

Dès cette époque, les témoins se font rares, et quand ils osent parler, ils sont victimes de pression. Jugé pour avoir commandité une tentative d’assassinat (à dix contre un) sur un de ses lieutenants supposé renégat, François le Fou bénéficie d’une étrange épidémie d’amnésie frappant les témoins et même la victime. La police est sous-équipée, débordée par la taille de la ville (plus grande que 2,5 fois Paris).

Investir. À la fin du XIXe siècle, Marseille compte déjà trois fois plus de crimes et délits par habitant que la moyenne nationale. L’essor du port, et donc de la ville, enrichit les truands qui contrôlent les bordels, leur permettant d’investir dans d’autres activités criminelles comme la drogue ou les machines à sous. D’où de nouvelles querelles de personnes et de territoires que l’on vide au pistolet, au fusil ou à la mitraillette. Le milieu s’enracine, rien ne le fera plus partir, surtout pas le lent déclin économique de la ville à partir des années 1970.

DEMAIN : Véhicules, armes et techniques.

Notes

[1] Editions Jacob Duvernet

[2] Quartier où sont concentrés et tolérés les bordels et maisons de jeu.


 



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