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Albert Londres
Marseille en toute sécurité
   Frédéric Legrand, aka Albert II   le 23/02/2012
 
 

Une nuit, six interdits

 

Pour son feuilleton cette semaine, Albert vous propose le very meilleur des trois grands dossiers qu’il a épluchés ce mois-ci : le mal-logement, la sécurité, les taxis marseillais. Trois sujets qu’Albert et radio Grenouille croiseront demain pour un grand débat avec François Thomazeau, écrivain et journaliste.

Aujourd’hui, Albert revient sur la multiplication des interdits et des systèmes de contrôle dans l’espace public. Promenade autour de la Plaine et du cours Ju, dans une ville très sécurisée. Mais l’est-elle plus que d’autres ?

La balade commence sur une terrasse de café, à la Plaine. C’est le soir et la nuit est tombée, on se met en chasse d’un coin où manger. Les trottoirs devant les restaurants sont déjà squattés par des clients, verre à la main, venus discuter dehors pour respecter l’interdiction (législative) de fumer. Rassasiés, on sort, on s’engage dans la rue des Trois Rois. Dans les bars musicaux entre la Plaine et le Cours Julien, les concerts commencent. Les patrons font le forcing pour tenir fermée leur porte anti-bruit, tenter de rester dans les clous des arrêtés (préfectoraux) contre les nuisances sonores. Pas facile quand toutes les 30 secondes un spectateur sort griller sa clope, mais il le faut. Sans ça (ou même avec ça) c’est la plainte pour tapage, la descente de police et la fermeture administrative. La musique dans la rue, à part le midi aux terrasses de restaux, tu n’y penses même pas.

Vous n’aurez pas ma liberté de circuler. Justement, on sort cinq minutes dans la rue, demi à la main, discuter avec un ami fumeur. Trois gars un peu éméchés viennent nous taper une clope ou un euro. Mauvaise pioche, les gars : il est interdit (municipal) de se livrer à toute sollicitation ou appel à la quête pouvant entraver notre liberté de circuler. D’ailleurs, nous aussi, on devrait se rentrer : un arrêté (municipal) nous interdit de consommer de l’alcool dans les espaces et les lieux publics, de jour comme de nuit, si cela nuit à la tranquillité publique. Donc remember : tu bois à l’intérieur, tu fumes à l’extérieur.

Au bout de six aller-retours entre le concert et la rue, on se rentre, en essayant de ne pas trop tituber et risquer de subir les foudres (législatives) de la répression de l’ivresse publique. On s’agrippe aux mats tout neufs plantés des les rues piétonnes qui accueilleront d’ici la fin de l’année des caméras (municipales) de surveillance. On longe le lycée Thiers, le boulevard Garibaldi. A l’angle de la Canebière, les kebabs vendent encore quelques sandwiches. Mais pas d’alcool hein ? Interdit (municipal) de vendre de l’alcool à emporter après 21h. La police nationale, juste en face au commissariat Noailles veille, ou presque. La police municipale, elle, ne travaille pas la nuit.

Charte de la nuit. On prend la pente, on descend doucement chez soi. Sans même l’impression d’être dans une ville ultra-répressive : toutes les grandes villes s’y sont mises. Toulouse (PS) interdit la consommation d’alcool sur l’espace public, tout comme Lyon (PS). Même Rennes (PS), avec sa rue de la soif, a interdit (préfectoral) la vente à emporter de nuit, et aussi l’entrée dans le centre-ville à toute personne « en possession de récipient d’alcool ». Lyon a tenté sans trop de succès une « charte de la vie nocturne ». Rennes a fait pareil, mais a développé aussi des activités de nuit gratuites (sport, musique etc) gratuites et sans alcool. À Marseille, la préfecture et la mairie réfléchissent à la mise en place à l’été prochain d’une « zone pilote » en concertation avec les gérants de bar et de salles de concerts. S’il fonctionne, le dispositif pourrait être élargi et prolongé après 2013.

Photo Jack Zalium, licence CC.

LIRE AUSSI : l’intégralité de notre dossier Marseille sécurisée

DEMAIN : débat sur le très meilleur du mois de février avec François Thomazeau, journaliste, réalisateur et écrivain


 



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